QUAND LA PRIÈRE S'ÉTEINT:
l'art de faire du pouce sur la prière des autres

Par l'Ânesse de Marie
- Publié en octobre 2025 -

La maladie et la souffrance sont des épreuves qui bouleversent l'existence. Elles transforment souvent la prière, cette conversation intime avec le Seigneur, en un silence assourdissant ou en un murmure douloureux. Comment trouver les mots justes quand la douleur physique ou morale nous submerge ?

 

L'épuisement nous vide de toute énergie, et l'idée de devoir « bien prier » devient un fardeau supplémentaire. On peut même se sentir coupable de ne pas « réussir » à maintenir sa ferveur.

 

Mais l'Écriture nous rappelle que le simple fait « d’être » devant Dieu, dans notre faiblesse, est déjà une prière. Le psalmiste crie sa détresse: « Mon âme est dans la détresse, et toi, Seigneur, jusqu'à quand ? » (Psaume 6, 4). Et Saint Paul confesse que nous ne savons pas prier comme il faut, mais que c'est l'Esprit Saint lui-même qui intercède pour nous « par des gémissements inexprimables » (Romains 8, 26). Dans la maladie, nos silences et nos gémissements sont entendus et portés par l'Esprit.

 

L’image du « pouce » sur le bord de la route

Cependant, il y a une autre grâce immense, celle de la communion des saints et de la prière portée. C'est ici que l'image de faire du pouce prend tout son sens.

 

Imaginez une personne, épuisée par la maladie, seule au bord d'une longue route. Elle n'a plus la force de marcher, ses jambes la lâchent. Elle lève la main, espérant qu'une âme généreuse voudra bien l'embarquer et lui faire faire un bout de chemin. Elle n'a qu'à monter, s'asseoir et se laisser conduire. Elle est déchargée de l'effort.

 

Spirituellement, c'est exactement ce qui se passe quand nous nous appuyons sur la prière des autres. Quand nos propres forces spirituelles nous lâchent, la communauté de foi agit comme le véhicule qui vient nous chercher. LE chauffeur spirituel, c’est l’intercesseur: il prend votre peine comme s’il était sienne et fait le travail de transport de votre cœur fatigué jusqu’à la présence divine. Les amis, la famille, la communauté paroissiale — ceux-là ne cessent de lever leurs cœurs vers Dieu. Leur prière est le moteur, le carburant, la route, l'abri qui nous porte à travers l'épreuve.

Ce n’est pas seulement un acte de charité, c’est une réalité spirituelle: le Saint-Esprit tisse un lien invisible entre la personne qui prie pour vous et vous-même, faisant de leur intercession votre propre souffle spirituel.

 

La foi collective qui perce le toit

L'Évangile nous offre un récit frappant de cette foi "par procuration", de cette prière collective qui agit. Rappelez-vous l'histoire de l'homme paralysé amené à Jésus. La foule est si dense que ses amis doivent agir radicalement: ils ont escaladé le toit et l'ont percé pour descendre leur ami devant Jésus.

 

Jésus, voyant cette action, « voyant leur foi » (Marc 2, 5), ne s'est pas concentré uniquement sur la foi de l'homme malade, mais bien sur la foi agissante et audacieuse de ceux qui le portaient. C'est une puissante confirmation: quand vous êtes incapable de vous approcher de Dieu par vous-même, l'audace de votre communauté vous y amène. Dans la maladie et l'épuisement, la communauté est là pour percer les toits de vos difficultés et vous déposer au pied du Christ.

 

L'ultime nécessité: accepter d'être porté

Si vous ne deviez retenir qu'une seule chose de ces réflexions, ce serait celle-ci: acceptez de faire du pouce sur la prière des autres.

 

Dans l'épuisement de la maladie, il n'y a aucune honte à se sentir spirituellement défaillant. La foi n'est pas un exploit solitaire; elle est une expérience communautaire. Le Christ lui-même, sur la Croix, n’a-t-il pas accepté l’aide de Simon de Cyrène pour porter son propre fardeau ? Accepter d’être porté, c’est suivre cet exemple d’humilité.

 

Le Christ n'a-t-il pas exhorté: « Portez les fardeaux les uns des autres: ainsi vous accomplirez la loi du Christ. » (Galates 6, 2) ?


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